Le temps n'est plus aux regrets.
C'est aujourd'hui le Noël des Opticiens et c'est lui le père Noël.

Le Dr B. se souvient de l'émotion qui l'avait étreint en novembre 2006 pendant les festivités du centenaire du SNOF, un magnifique rassemblement, la fraternité retrouvée entre tous les membres de la filière "vision", un Jean-Bernard tendant ses bras aux opticiens, un Tibour euphorique : "Quelle est la profession qui constamment accroît son champ de compétences, explore, découvre de nouveaux horizons et amène de la valeur ajoutée pour la santé de la population ? C’est la médecine qui découvre de nouvelles maladies, élabore de nouvelles méthodes diagnostiques, préventives et thérapeutiques. Et l’ophtalmologie en fait partie, elle le démontre constamment. En 1953, il y avait 1 100 ophtalmologistes en France; quarante ans plus tard, ils était plus de 5 000 et ça n’était pas de trop puisque nous sommes aujourd’hui en pénurie."

A cette époque, le Dr B. se voyait non seulement découvrir de nouvelles maladies mais aussi à la tète d'un magasin d'optique avec le slogan "chez B., vous serez traité comme un roi", propagande dans l'air du temps socialiste.

Et puis, il a vu fleurir les incitations " examen de la vue gratuit " à la devanture des opticiens dont le nombre croissait sans cesse et ses délais de RV devenir raisonable. Alors, il a compris qu'il lui fallait leur demander un peu d'aide comme tous ces chirurgiens qui font des duplicatas et récupèrent des cataractes. Le Dr B. s'est perfectionné en petite chirurgie et il n'y a pas de semaine ou ses nouveaux correspondants ne lui adressent un ou deux chalazions en échange d'une mise à jour gratuite du DMP spécial réfraction devenu un beau bordel.

Le magasin Afflelou est flambant neuf, rien à voir avec ces cabinets vieillots qui ont disparu.
"tu peux t'assoir, lui dit le propriétaire, je te verrai dans un petit moment."
Le Dr B. serre ses sacs en plastique où il a mis une boite de chocolats "mon chéri" et une bouteille de Cognac ramenée des Charentes. Dans un coin, il remarque une belle corbeille de fleurs avec la carte du Dr G. ; "tiens, se dit-il, mes collègues d'Arpajon sont déjà passés ; il est vrai que le magasin a acheté un HRT". Une charmante optométriste en minijupe lui offre un café, il y a du monde et il a le temps malgré lui de tester sa vue sur l'écran placé au centre du magasin ; en toute objectivité car il est loin le temps ou il connaissait les optotypes par coeur...

"Combien sommes nous à attendre ainsi puisque nous sommes en pénurie, soupire le bon docteur, j'aurais du, moi aussi, proposer des examens gratuits et me rattraper sur la vente des cannes blanches et des chiens d'aveugle mais à l'époque tout ce qui touchait à la basse vision était mal vu".

A suivre ...
marc